" Je me présente en 2002, je fais un score à deux chiffres en 2007, je suis élu en 2012"
Voici la prophétie de François Bayrou, celle qu'il répète depuis maintenant 15 années, et il est difficile de dire qu'il n'est pas dans les cordes jusqu'alors. 6% en 2002, 18% en 2007 et si l'on déroule la suite géométrique, élu au second tour en 2012 avec 54%?
C'est une idée à laquelle il croit et s'il est encore loin du leader du parti socialiste, il flirte, à trois mois de l'élection à 15%. Mais est-il l'homme providentiel? François Bayrou s'y voit bien. Il a choisit de cheminer seul et seul il chemine. il a refusé d'intégrer le parti présidentiel, a choisi de créer son mouvement, de l'implanter sans tutelle, pour s'affranchir de l'influence sous laquelle sont tombés l'UDF ou les libéraux. Ce n'est pas par hasard que François Mitterrand a dit un jour dit de Bayrou qu'il était homme de caractère puisqu'il avait réussi à dompter ses bégaiements.
Homme de caractère certes.
François Bayrou est aussi l'homme qui aurait constamment prédit les déséquilibres de l'avenir. Il martèle depuis maintenant 10 ans que l'endettement de la France va tôt ou tard devenir un véritable problème, qu'il risque d'aliéner sa souveraineté aux marchés financiers. Et c'est vrai, l'histoire lui donne raison, sous la présidence de Nicolas Sarkozy, la dette a explosé pour atteindre aujourd'hui 90% du PIB (alors qu'elle se situait au début des années 2000 aux alentours de 60% et de 30% en 1995). C'est vrai, il ne s'était à ce sujet pas trompé.
Homme de caractère, visionnaire, voici probablement les deux mots clefs de la campagne de François Bayrou, on pourrait y ajouter réaliste et l'on aurait l'image qu'il doit rêver d'avoir auprès de tous les Français. Bref, pour Bayrou, pour son entourage et pour 1 français sur 6, Bayrou est l'homme providentiel, presque l'homme présidentiel. Sa stratégie est efficace, rôdée presque mystérieuse.
Marielle de Sarnez, directrice de la campagne de François Bayrou, passait le 22 janvier sur Radio France Politique. Bien disposé envers elle, j'attendais qu'elle explicite la dynamique de campagne de François Bayrou, ses mesures, ses lignes directrices. J'attendais qu'elle cristallise la sympathie qui gravite autour de l'homme en propositions concrètes, qu'elle habille de chair l'idée Bayrou. Cette attente était d'autant plus forte que quelques heures avant, François Hollande s'était lui livré à ce jeu de clarification devant le peuple de gauche rassemblé au Bourget.
Et bien déception, à part le "produire français", Marielle de Sarnez n'a rien développé, rien détaillé. Lorsqu'elle explique qu'elle souhaite relancer l'industrie Française, bien! excellent même! mais comment? Baisser le cout du travail? Mettre des barrières écologiques et sociales? relancer la consommation? Créer une banque spécifique? Rien de tout cela n'est abordé, elle ne souhaite pas entrer dans les détails. Elle se contente de dire que les candidats actuels ne prennent pas la mesure de la situation actuelle, que cette dernière nécessite un grand changement ... qu'elle appelle irrésistiblement François Bayrou. C'est un peu court tout de même et je suis resté sur ma fin, avant de réaliser que ce flou, peut-être, dissimulé sous de belles formules fait partie intégrante de la stratégie de François Bayrou pour 2012.
Il campe des valeurs qu'il est sensé incarner, determination, vision, réalisme, les distille, les expose. il se dépeint comme résistant solitaire, intègre et inspiré et fait l'économie d'un véritable programme, de véritable solutions. Sortant de cinq années de rodage, son discours, le mythe Bayrou patiemment poursuit l'absolu de la politique, la pierre philosophale présidentielle : la conviction pure, déliée de tout programme.
Flaubert rêvait de faire un livre sur rien, qui reposerait entièrement sur le style, voici Bayrou le candidat qui ne repose que sur l'idée qu'il se fait de lui même et qu'il aimerait qu'on se fasse sur lui.
Elka